« 10 ans de dons »: expo émouvante au musée de la grande guerre à meaux.

L’arrivée au Musée de la Grande Guerre ce matin là de novembre dans la brume et le soleil naissant avec en fond sonore la voix d’un homme sortie de nulle part chantant « Auprès de ma blonde » fut déjà un moment émouvant.

Nous sommes ici sur le territoire de la Première bataille de la Marne. On devine le bâtiment élégant, résolument contemporain, de béton, de verre et de métal qui s’inscrit dans la pente naturelle du terrain avec plusieurs niveaux.

Le Musée de la Grande Guerre à Meaux est une réussite. Il permet de comprendre le quotidien horrible des hommes et des femmes durant cette guerre 14-18, d’en mesurer les enjeux et les conséquences, et tous les bouleversements qui découleront.

La scénographie se veut très vivante grâce aux sons, aux images d’archives, aux manipulations, aux objets réunis.

Et pour célébrer son 10 ème anniversaire, Le Musée de la Grande Guerre, la première guerre mondiale, rend hommage aux donateurs qui depuis le début de sa création enrichissent ses collections : plus de 30 000 objets, des oeuvres, des documents, venus de toute l’Europe qui ont rejoint la collection de Jean-Pierre Verney sans qui le Musée n’aurait pas eu lieu.

Des dons souvent effectués par les petits-enfants pour perpétuer la mémoire de leur aïeul et la mémoire tout court avec la volonté de sacraliser ces souvenirs, qu’ils s’agissent de documents militaires, de douilles sculptées ou de photographies… Tous révèlent une part de notre histoire commune.

La famille souvent les dépose en venant le week end. Elle peut demander à rencontrer des responsables du musée. Ces derniers peuvent se déplacer. Mais le musée ne peut pas tout accepter les yeux fermés. Il détient déjà par exemple beaucoup de photos et ces dons en amont demandent beaucoup de travail. Il faut les légaliser, les renseigner, les trier, les valoriser, les conserver, en faire l’inventaire….

Une centaine de ces objets ont été mis en avant au cours de cette exposition qui retrace leur histoire. Voilà une sélection d’entre eux. Qu’ils soient rares, usuels, modestes ou insolites, tous sont témoins d’histoires familiales encore chargées d’émotion.

Don Lenoble (03-2014)

Globe de mariage de Marie Fontalba, épouse d’Edmond Cassagneau, Don Lenoble, 2014
© Musée de la Grande Guerre, Meaux / Y. Marques.
Pratique catholique populaire au 19e siècle, la tradition des cloches de mariage perdure jusqu’au sortir de la Grande Guerre. Cette forme de reliquaire traduit l’histoire et les aspirations du couple : chaque fleur ou miroir symbolise une entente, un vœu, un événement. Ce globe appartenait à Marie et Edmond Cassagneau, mariés à Caussade fin 1909. Edmond, mobilisé dès août 1914, est blessé et capturé à Verdun le 6 mars 1916 : il décède à l’âge de 30 ans dans un hôpital militaire allemand le 12 mars. Sous la couronne de fleurs d’oranger de ses noces, Marie, veuve de guerre à 27 ans et maman d’une orpheline de 3 ans, Yvonne, a ajouté le képi bleu horizon d’Edmond.
Ce globe a été donné au musée par leur petite-fille, Madame Lenoble, à l’aube des commémorations du Centenaire.

Prothèse de jambe droite de Pierre Drouot. Don Flon, 2014. © Musée de la Grande Guerre, Meaux / Y. Marques
Au sortir de la guerre, la France déplore 1 500 000 morts et disparus, et 4 millions de blessés (gueules cassées, mutilés, gazés, amputés), en grande majorité victimes de tirs d’artillerie. Parmi ceux-ci, Pierre Drouot mobilisé en 1914, il ne sera démobilisé qu’en 1918, après avoir reçu un éclat d’obus qui impose l’amputation au-dessus du genou. Également trépané, Pierre Drouot décède à 52 ans d’une crise d’épilepsie, consécutive à ses blessures de guerre. Telle une relique, sa prothèse s’est ensuite transmise de génération en génération, jusqu’à ce que Madame Flon en fasse don au musée.
L’histoire familiale retient que Pierre Drouot, malgré son handicap, faisait danser son épouse tous les dimanches.

jeu de poche « THE BOWLING GREEN »

Jeu de Bowling Green. Don Versou, 2011. © Musée de la Grande Guerre, Meaux / Y. Marques
Ce jeu de poche est un casse-tête des populaires « R.J. series of Puzzles ». Il fait référence au Bowling Green, ou Boulingrin, jeu de boules proche de la pétanque, couramment pratiqué dans le Commonwealth.
Le but de ce mini jeu d’adresse est de diviser, en maximum trois essais, la boule de mercure en 10 petites boules afin de remplir le plus de trous possibles, sans qu’aucune ne glisse dans les petites allées sur le côté.
L’histoire familiale veut qu’Alfred Boisuet, le grand-père de la donatrice, Madame Versou, l’ait trouvé sur le corps d’un soldat britannique décédé. Ce don comportait également deux photographies de groupes de soldats français, dont Alfred Boisuet.

Correspondance de guerre
Don Salmon, 2018. © Musée de la Grande Guerre, Meaux.
Le service postal militaire, défaillant au début de la guerre, est réformé en septembre 1914, améliorant grandement l’acheminement du courrier entre le front et l’arrière. Le volume des courriers distribués est faramineux : plusieurs millions de lettres par jour !
De nombreux courriers sont parvenus au Musée et montrent l’importance du lien qui unit les combattants et leur famille. Ici, Raymond adresse à sa marraine de guerre le récit illustré de sa blessure à la main (1917).

[Le canon de 75], aquarelle. Don Capiod, 2011. © Musée de la Grande Guerre, Meaux
En 2010 et 2011, Madame Capiod fait don au musée de l’ensemble de plus de 500 œuvres graphiques (dessins et estampes), de peintures, ainsi que plusieurs objets d’artisanat de tranchée, rassemblées pendant des années par son mari, Paul Capiod, général dans l’armée de l’air et passionné par l’histoire de la Grande Guerre.
Dans l’histoire des collections du musée, il s’agit d’un don important tant par la quantité (près de 500 œuvres graphiques toutes encadrées) que par la qualité des artistes présents dans ce fonds comme Dunoyez de Segonzac, Lucien Jonas ou Pierre-Albert Leroux.

Album de photographies du capitaine Aumoitte, novembre 1914-août 1915. Don Monnier-Ruffiot, 2012. © Musée de la Grande Guerre, Meaux / Y. Marques.
Cet album contient les souvenirs de guerre du Capitaine Aumoitte, dont le prénom et la vie nous restent inconnus. Le Journal de Marche et d’Opération de son régiment nous permet de retracer une partie de son parcours : sous-lieutenant du 47e régiment d’infanterie en août 1914, il est promu capitaine en mars 1915. Gravement blessé le 16 juin, ses dernières photos montrent qu’il en reste borgne. Il retourne pourtant au front dès septembre, au sein du 136e RI.
L’album documente ses premiers mois de campagne : tranchées, cantonnement dans les fermes, vues du champ de bataille, convalescence à Dinard, permission à Paris… Cet album a été trouvé par le frère de la donatrice en juin 1940 : pour ralentir l’avancée de l’armée allemande, l’armée française fait sauter les ponts d’Orléans malgré les nombreux réfugiés présents sur la route de l’exode. Il repêche alors un vélo dans la Loire, dont la sacoche contenait cet album.

Maquette du cuirassé d’escadre Bouvet. Don Pittoreau, 2012. © Musée de la Grande Guerre, Meaux / Y. Marques
Cette maquette à l’échelle 1/100e du cuirassé d’escadre Bouvet, a été réalisée et donnée au musée par Claude Pittoreau, habitant de Dinan. Celui-ci a créé les plans de construction de la maquette en se basant sur les archives existantes de la conception originelle du navire puis il a réalisé chacune des pièces constitutives de la maquette à la main.
Le Bouvet est l’un des navires français ayant tenté de forcer le passage du détroit des Dardanelles en 1915. Il coule au cours de cette opération le 18 mars après avoir heurté une mine par tribord. Il sombre en moins d’une minute, entraînant par le fond 643 des 718 hommes d’équipage.

Bagues artisanales. Dons Lepage, Laroche, Dujardin, Longepierre, Daniel, 2012. © Musée de la Grande Guerre, Meaux / D. Pazery
Ces différents modèles de bagues montrent l’ingéniosité et l’imagination des soldats pour personnaliser et créer ces bijoux conçus à partir de débris récupérés sur le terrain, notamment à partir de l’aluminium des fusées d’obus allemands. Les formes et modèles varient à l’infini, de même que la qualité d’exécution, certaines étant parfois dignes du travail d’un joaillier. Fine pour un doigt d’enfant, avec des motifs ou des inscriptions pour la femme aimée ou en forme de chevalière pour un homme, la bague est le souvenir par excellence offert par le poilu arrivant en permission ou expédié par courrier en remerciement de colis reçus du pays.

« 10 ans de dons » jusqu’au 14 février 2022.
L’exposition s’accompagne de rendez-vous culturels et scientifiques.
Lundi 17 janvier 2022 à 9h. Visite de l’exposition en Facebook Live et sur YouTube
Par Johanne Berlemont, responsable du service de la conservation.
Retransmis en direct sur la page Facebook du musée et sur sa chaîne YouTube
Lundi 10 janvier 2022 à 14h30
«Histoires de dons», par Johanne Berlemont, responsable du service de la conservation
Lundi 14 février 2022 à 14h30
«L’amour d’une collection», par Jean-Pierre Verney, collectionneur
Programmation gratuite, sur inscription : www.museedelagrandeguerre.com

Un livret d’accompagnement de l’exposition est disponible à l’accueil et permet à tous les visiteurs de la découvrir en autonomie. Conçu par l’équipe de médiation du musée de la Grande Guerre, ce livret est destiné à toute la famille

« 10 ans de dons ! » Jusqu’au 14 février 2022
Musée de la Grande Guerre. Rue Lazare Ponticelli – 77100 Meaux. 01 60 32 14 18
De Paris : 50 km par A4/RN3 – parking gratuit. 30 minutes par la Gare de l’Est en Transilien
Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 9h30 à 18h
Tarif plein : 10 €. Réduits : 9, 7 et 5 € selon conditions. Gratuit les 1er dimanches du mois.
Le billet d’entrée au musée donne accès à la fois aux collections permanentes et à l’exposition temporaire. L’accès est soumis à la présentation du passe sanitaire.

Infos sur www.museedelagrandeguerre.com

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